En quelques semaines, l’action Raspberry Pi a bondi de 257,20 à 444,40 pence, avant de retomber presque aussi vite. Cette envolée a surpris jusque dans les milieux technologiques les plus familiers de la marque. Derrière ce mouvement, il n’y avait pas seulement l’effet d’un achat d’actions par son patron, mais aussi un emballement inattendu autour de l’IA et des mini-ordinateurs à bas prix.
La hausse de Raspberry Pi a pris tout le monde de court
Raspberry Pi reste la référence des mini-ordinateurs abordables, avec des cartes appréciées aussi bien par les passionnés que par les professionnels. Depuis des années, la marque s’est imposée grâce à un mélange très efficace entre prix contenu, bonnes performances et grande souplesse d’usage.
Mais ces derniers mois, le fabricant britannique s’est retrouvé sous les projecteurs pour une tout autre raison. À la Bourse de Londres, son titre s’est envolé à partir de la mi-février. Le 4 février, l’action valait 257,20 GBX. Le 24 février, elle atteignait 444,40 GBX, soit une progression spectaculaire en très peu de temps. Au 30 mars, le titre s’était stabilisé autour de 290 GBX.
L’achat d’actions d’Eben Upton a déclenché les spéculations
Le décollage du titre a commencé après la révélation d’un achat d’actions de plusieurs milliers de livres sterling par Eben Upton, le CEO de Raspberry Pi. Ce signal a suffi à nourrir de nombreuses spéculations sur d’éventuelles annonces à venir autour des miniPC de la société.
Ce mouvement n’a pourtant pas reposé uniquement sur cet achat. D’autres facteurs, bien plus atypiques, ont renforcé l’emballement et donné à cette séquence un caractère nettement plus singulier que celui d’un simple regain de confiance des investisseurs.
L’IA a relancé l’intérêt pour un matériel pourtant loin des serveurs spécialisés
Raspberry Pi ne rivalise pas avec les machines conçues pour entraîner ou faire tourner à grande échelle des modèles d’intelligence artificielle. En revanche, son matériel attire de plus en plus pour des usages légers, embarqués ou expérimentaux, notamment grâce à son prix. En Espagne, la version la plus accessible du Raspberry Pi 5 est vendue autour de 61 euros TTC.
Cette accessibilité ouvre la porte à une multitude de projets, y compris dans l’IA. En janvier, la marque a d’ailleurs présenté AI HAT+ 2, une carte capable d’exécuter des modèles de langage directement depuis un mini-ordinateur, sans connexion Internet.
Dans le même temps, l’intérêt croissant pour les agents IA open source a eu un effet indirect sur Raspberry Pi. Des projets comme PicoClaw, présenté comme une alternative légère et ouverte, ont contribué à renforcer l’idée qu’un mini-ordinateur peu coûteux pouvait devenir une base crédible pour certains usages d’IA. Son fonctionnement très léger, avec moins de 10 Mo de RAM requis et un démarrage en une seconde, colle parfaitement à l’esprit de ce type de machines.
La flambée en Bourse a aussi pris des airs de meme stock
L’envolée du titre ne s’explique donc pas seulement par les qualités techniques des produits Raspberry Pi. Elle a aussi été alimentée par une dynamique plus spéculative, portée en partie par les réseaux sociaux.
Des publications virales ont commencé à présenter Raspberry Pi comme une alternative extrêmement bon marché à d’autres machines recherchées pour des tâches liées à l’IA, comme le Mac mini. Cette narration a alimenté l’idée qu’investir dans l’entreprise pouvait permettre de profiter d’un futur boom de la demande.
Le phénomène a rapidement pris des accents de meme stock. Autrement dit, une action propulsée de façon excessive en très peu de temps, avec l’appui d’une campagne sociale et d’un enthousiasme collectif difficile à rattacher uniquement aux fondamentaux. Cela n’efface en rien la place réelle de Raspberry Pi dans l’univers des ordinateurs miniatures, mais cela l’a exposée à une attention boursière probablement peu recherchée.
L’euphorie est retombée presque aussi vite qu’elle était arrivée
Cette séquence n’a pas duré longtemps. Quelques jours après son pic, l’action a effacé une large part de ses gains. Certains investisseurs ont évidemment pu en tirer un bénéfice rapide, mais l’épisode n’a jamais atteint une ampleur suffisante pour bouleverser le marché technologique ou financier à l’échelle mondiale.
Au plus haut, le titre valait environ 4,44 livres sterling, soit un peu moins de 6 dollars au taux de change du 24 février. On reste donc dans un cas spectaculaire par sa vitesse et sa mise en scène, bien plus que par son poids réel sur les marchés.
Ce précédent pourrait revenir avec la montée des projets IA miniaturisés
L’histoire n’en reste pas moins révélatrice. La miniaturisation des modèles d’IA et la montée des projets open source suscitent un intérêt croissant chez les passionnés de hardware. Dans ce contexte, Raspberry Pi et d’autres fabricants de mini-ordinateurs pourraient profiter d’une demande plus forte dans les prochains mois ou les prochaines années.
Reste une question centrale : le marché sera-t-il plus prudent face à ce type d’emballement, ou se laissera-t-il à nouveau entraîner par le bruit des réseaux sociaux et les promesses autour de l’IA à bas coût ? Pour Raspberry Pi, cette flambée éclair a au moins montré une chose : même un acteur historique du mini-ordinateur peut devenir, du jour au lendemain, le centre d’une spéculation que peu de monde avait vu venir.
